Café Express avec Olivia YÉRÉ DAUBREY, journaliste-productrice & chroniqueuse

Journaliste ivoirienne, installée en France, Olivia Yéré Daubrey présente depuis juillet 2020 des chroniques sur B SMART, la nouvelle chaîne française d’information consacrée à l’économie et à la finance.

Nous l’avons rencontré le temps d’un café, pour échanger sur son intégration professionnelle en France et avoir son regard sur la question de la sous-représentativité des noirs et de la diversité dans les médias occidentaux.

Vous êtes chroniqueuse à B SMART, un média d’information consacré à l’économie et la finance. Avant cela, vous avez exercé dans de grands médias de la presse écrite et audiovisuelle (à l’exemple de TeleSud, Africa24, Canal plus, Le Point.Fr, TV5 Monde) que retenir de ces différentes expériences ?

Déjà beaucoup de plaisir. Il faut aimer ce que l’on fait ! (Et faire ce que l’on aime !) Ensuite chaque expérience m’a appris une facette du métier.  À Télésud, j’ai été formée au terrain en allant à la rencontre des gens, en réalisant des reportages en île-de-France. A Africa24, j’ai appris les étapes de fabrication d’un JT ; à Canal +, le journalisme politique et Le Point.fr, l’univers du journalisme web. Les relations humaines aussi ont été importantes, elles m’ont laissé de bons souvenirs.

Observer des journalistes reconnus et côtoyer ceux de notre promotion permet de s’améliorer, d’affiner son style, et d’avancer toujours plus vers le type de journaliste que l’on souhaite devenir. Quand je commençais mon 1er stage à Radio Clapas à Montpellier, je n’avais pas vraiment tracé de plan, ce sont la passion, le travail et la persévérance qui m’ont guidée. Le journalisme en France est un secteur saturé : très peu d’offres d’emplois et des contrats très courts. En 2018, c’était « le 1er métier à choisir pour (être sûr) d’être au chômage » selon l’agence d’intérim quapa.fr ! D’autre part, non seulement, il y a peu de recrutement, mais la priorité est donnée à ceux qui ont fait une école de journalisme reconnue par la profession. Ce qui n’était pas mon cas, j’étais aussi étrangère.  Donc ça a été un chemin semé de nombreux obstacles, beaucoup de personnes m’encourageaient à me tourner vers les métiers de la communication. J’ai des amis qui ont changé complètement d’orientation, car ils ne trouvaient pas de travail. Toutes les personnes de ma promotion qui avaient choisi au départ d’autres voies comme la finance, par exemple, était toutes en CDI pendant que moi j’enchaînais les piges, les périodes de chômage ou de job alimentaire. Pour toutes ces raisons, même si je ne suis pas encore arrivée là où je souhaite, je suis extrêmement reconnaissante du chemin parcouru. D’avoir pu, en tant que noire, femme et étrangère, travailler pour ces grands médias. Je n’ai jamais « lâché l’affaire » comme on dit. Je voulais faire ce que j’aime. C’est important d’être heureux dans son travail. 

D’ailleurs, je remercie toutes les personnes qui m’ont donné ma chance. De par mon expérience personnelle, je peux dire que toutes les portes ne s’ouvrent pas, non, mais les bonnes portes pour soi, oui.

 

La question de la sous-représentativité des noirs et du manque de diversité est souvent évoquée en ce qui concerne les médias occidentaux. Quel regard posez-vous sur cet état des choses ?

C’est une question importante puisque comme vous le savez les médias jouent un rôle dans la façon dont se construisent nos représentations sociales et notre imaginaire collectif.  Quand un noir est représenté à la télévision, c’est une manière symbolique de lui dire qu’il fait bien partie de la communauté nationale. Encore plus si ce noir joue un rôle clé comme présentateur de J.T par exemple, ou est le héros d’une fiction. Pour les personnes non noires, c’est une aussi manière d’intégrer que la société française est diverse, d’accepter l’autre. 

Je pense qu’en comparaison à quelques années avant, davantage de personnes noires travaillent dans les rédactions ; je fais référence aux journalistes desk qui ne font pas d’antenne.

En ce qui concerne les noirs présents à l’antenne, je vois une évolution dans le bon sens, notamment sur les chaînes du service public. Elles ont compris qu’une partie de leur audience est constituée aussi de noirs. La chaîne sur laquelle je travaille, B SMART est de loin la seule à l’heure actuelle où la diversité avec un grand « D » est aussi bien représentée.  

Il y a même plus de femmes que d’hommes, les journalistes, tous aussi talentueux les uns que les autres, sont de toutes les origines : Maghreb, Asie, Moyen-Orient, et toutes ces personnes passent à l’antenne. Il en est de même pour les invités que nous recevons, je vous invite vivement à regarder cette chaîne : nous avons les plateaux les plus colorés du PAF (Paysage audiovisuel français). C’est une forte volonté de ma rédactrice en chef et elle y veille constamment : faire une télévision représentative et en phase avec la réalité de la société. 

Il faudrait vraiment plus de directeurs de chaînes comme mes leaders à B SMART !

Quels conseils donneriez-vous à des étudiants africains qui souhaitent exercer le métier de journaliste en France ?

Au moment où j’ai commencé à entrer sur le marché du travail en France, il n’y avait que deux chaînes de télévision nationales en Côte d’Ivoire, où je suis née.  Ce n’est que depuis l’année dernière avec le déploiement effectif de la TNT (Officiellement inaugurée le 8 février 2019 à Abidjan Ndlr) que l’offre a commencé à se diversifier. J’entretiens de par mon histoire personnelle un lien très fort avec la France, j’y ai vécu plus d’années, que dans mon pays d’origine. Il était donc naturel pour moi de travailler ici.

Je dirais à ces étudiants de venir se former en France et de repartir sur le continent pour déverser leur talent. Les citoyens ont besoin de voir l’Afrique racontée pas les Africains… Je n’exclus pas de participer dès que ce sera le bon moment, à des formations de journalistes sur place ; car en Côte d’Ivoire par exemple, il n y a pas d’école de journalisme reconnue.

Je leur dirais aussi de n’avoir aucun complexe lié à leur couleur de peau ; les gens te verront comme tu te verras, donc vois-toi comme une personne intelligente qui a du talent et quelque chose à offrir. Je les encouragerais vivement à travailler avec excellence, à être au plus haut niveau de leurs propres performances et à toujours chercher à s’améliorer.

Enfin à faire preuve d’audace et de persévérance. Comme je disais tantôt, toutes les portes ne vont pas forcément s’ouvrir, mais les bonnes, celles qui sont pour toi oui.

Informations supplémentaires 

👉 Toutes mes chroniques sur ce lien : 

 https://www.bsmart.fr/emissions/smart-futur/91-horizon-2040

 Ma chronique passe dans l’émission SMART FUTUR  présentée par Thomas Hugues sur B SMART et est diffusée : 

Samedi à 8h et 14h / Dimanche à 9h et 15h30 sur B SMART.

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Naole Média

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