L’impact de la crise sanitaire du Covid-19 dans le secteur de la communication au Cameroun : Lionel Tousse, fondateur & CEO d’ICONProd Africa

Invité 01 : Lionel Tousse, fondateur & CEO d’ICONProd Africa, affilié exclusif pour l’Afrique Centrale, de la prestigieuse firme des Relations Publiques burson Cohn & Wolfe, membre du Groupe de Com WPP.

Pour le premier article de la série “Impact de la crise sanitaire du Covid-19 pour les professionnels et les agences de la communication, de l’événementiel et des relations au Cameroun”, nous recevons Lionel Tousse

Lionel est le fondateur et le CEO de l’agence de Communication Intégrée ICONProd Africa (ICONProd BCW), crée en 2009 en RDC et dont le siège est à DOUALA au Cameroun. Elle opère dans la sous-région(Tchad, Gabon, Congo B). 

Comment avez-vous réagi face à cette crise sanitaire au Cameroun auprès de vos parties prenantes (collaborateurs, salariés, partenaires, clients) ? Quelles méthodes avez-vous mises en place ?

Lionel Tousse : compte tenu du fait que nous appartenons à un grand groupe (Burson Cohn & Wolfe) nous avons eu très vite des consignes et un éclairage avisé de la direction Afrique à Johannesburg. Un leadership meeting a été mis sur pieds chaque vendredi avec Johannesburg pour échanger sur les difficultés rencontrées sur le terrain et sur le plan moral. On a d’ailleurs lancé une opération de communication basée sur la solidarité et un cercle de ( personnes à travers le monde sur le #StayInReahOut pour prendre des nouvelles des collaborateurs, des partenaires, des amis et de la famille.

Après le 1er cas de la Covid-19 détecté le 14 mars au Cameroun, nous avons demandé aux stagiaires de rester chez eux et nous avons préconisé la téléconférence pour toutes les équipes dès le 17 mars. Afin de protéger le matériel des bureaux, certains collaborateurs retournent dans les locaux. Pour pouvoir répondre aux appels d’offres, nous avons mis en place des équipes de brainstorming de 2 à 3 personnes. En cette période de reprise, les équipes sont toujours réduites. Le personnel commercial et créatif continue à faire du télétravail. J’ai briefé les vigiles et les collaborateurs sur l’importance de respecter les gestes barrières, c’est-à-dire se laver les mains régulièrement, garder une distance physique et utiliser les gels à disposition.

De façon continue, j’appelle mes collaborateurs pour prendre de leurs nouvelles. Nous échangeons régulièrement sur WhatsApp. Nous n’avons pas mis en place une cellule de crise officielle, mais la solidarité et les échanges constants se sont installées naturellement entre nous. Nous avons eu un coup dur le 22 mai en perdant notre directeur créatif à N’Djamena victime de la Covid-19. Cela nous affecte grandement à ce jour et les équipes sont mal en point. Je les appelle pour leur permettre de s’exprimer.

J’en profite pour renouveler mes condoléances à sa famille et souhaiter que son âme repose en paix.

Quel fut l’impact financier de la crise sur votre activité ?

Lionel Tousse : ICONProd BCW était en phase de reprise de ses activités. Nous venions de gagner un appel d’offre localement et sur l’international qui allaient manifestement nous permettre d’avoir une bonne bouffée d’oxygène. Malheureusement, la crise sanitaire est venue mettre la signature du contrat en pause. Nous étions également sur des dossiers brûlants qui ont été gelés jusqu’à nouvel ordre. L’événementiel représente 70 % de notre portefeuille clients. Nous avions lancé en février le concept “15 min chrono”. C’est une activité musicale permettant à 8 jeunes artistes sélectionnés d’avoir la scène pendant 15 minutes pour démontrer leur talent. Les vainqueurs voient leur image associée à nos entreprises partenaires. Nous avons suspendu le concept, ce qui nous fait un gros manque à gagner. L’impact est important surtout pour l’agence qui était déjà dans une phase délicate. J’ai fait un management participatif avec les équipes pour leur expliquer la situation et pour qu’on se serre les coudes. Les agences de notre secteur n’ont pas eu un accompagnement du gouvernement ou une baisse des impôts. 

Comment ont réagi vos clients au moment de la crise (rupture de contrat, report de campagnes, licenciement, etc.) ? Comment les avez-vous accompagnés durant cette période ?

Lionel Tousse : sur le plan local, nous étions en phase de pitch. Les entreprises sont restées muettes. On comprend tout de suite qu’elles ne sont pas suffisamment préparées pour une communication de crise. Tout le monde a été pris de cours., elles aussi.. Aucune communication formelle sur « les way forward ». On en déduit que tout est gelé. Pour les pitchs suite aux appels d’offres, nous n’avons pas eu de retours aussi. Silence Radio. Mais bien évidemment, on comprend qu’elles sont aussi à s’interroger sur le futur et n’ont forcément pas les réponses à ce stade.

Sur le plan international, la communication des clients était plus formelle. Le mot d’ordre était de mettre les contrats en stand by.

"Sur un plan purement PR : des opportunités sont à saisir au niveau de la communication de crise. Cela fait 4 ans, que nous disons aux entreprises et au gouvernement de se préparer à la communication de crise."
Lionel Tousse
Fondateur & CEO d'IconProd Africa

Quelle entreprise vous a marqué dans sa façon de communiquer durant cette crise et notamment pendant la période de confinement ?

Lionel Tousse : aucune communication ne m’a particulièrement marqué. J’ai plutôt vu des multinationales se ruer sur des remises de dons au gouvernement. On a plus assisté à une bagarre de leadership en termes de don. J’ai aussi vu quelques banderoles, mais je me serais attendu des entreprises, une communication plus BtoC, une communication tournée vers le Camerounais. J’aurais bien voulu voir des actions, des messages qui s’adressent à la vie de tous les jours et en destination des professionnels du secteur hospitalier. 

Face à la promiscuité dans les marchés, les entreprises auraient pu mettre en place des points d’eaux et des savons pour pérenniser les gestes barrières dans le quotidien des camerounais car à la fin de la journée c’est le Camerounais qui a besoin d’assistance, de soutien dans cette crise sanitaire. Ces millions auraient dû servir à avoir un impact sur le moyen et le long terme. 

Quels conseils en communication et relations publics donneriez-vous à un annonceur (public, privé ou para-public) désireux de relancer son activité ?

Lionel Tousse : déjà les entreprises n’ont pas arrêté de communiquer. On a vu le digital exploser, des comptes Twitter d’entreprises se réactiver ou être créé. Les entreprises doivent avoir une communication avec beaucoup d’empathie. Elles doivent communiquer sur leurs stratégies pour revenir du côté des événements. Comment continueront-elles à faire du one to one ? La crise sanitaire a engendré l’arrêt des activités hors-média et la difficulté se trouvera sur leur capacité à relancer ces activités tout en rassurant leurs cibles.

Cette crise va-t-elle changer votre secteur et votre façon de faire la communication ?

Lionel Tousse : sur un plan purement PR : des opportunités sont à saisir au niveau de la communication de crise. Cela fait 4 ans, que nous disons aux entreprises et au gouvernement de se préparer à la communication de crise. Le moment est venu pour eux d’y faire plus attention. C’est une opportunité pour les professionnels de relations publics de se regrouper et d’intensifier les efforts pour promouvoir la culture de la communication de crise. Les professionnels camerounais de RP doivent s’organiser et parler d’une seule voix. 

Sur un plan évent : je n’ai pas d’inquiétude, car l’évent ne peut pas disparaître d’un trait. Il va falloir intégrer les risques liés au virus et compenser par des stratégies digitales qui augmenteront le reach. Il y a quelques jours, je parlais du phygital avec un confrère c’est-à-dire réduire le nombre de participants et compenser cette baisse avec une dynamique technologique. En tant que professionnel, il nous faudra éduquer les participants. Cela prend du temps. Cela demande des moyens, mais il nous faudra intégrer des gestes simples, intégrer des gants, des clapets, des écriteaux avec les gestes barrières, mettre en place des outils qui amèneront de la chaleur pour que les gens se sentent comme avant lors des évents, cette impression d’être dans une foule. L’expérience du consommateur, l’expérience de marque devront être mises en avant et poussées.

"Nous n’avons pas attendu la crise pour être utile à la société camerounaise. L’agence n’a pas profité de la crise pour mettre les salariés en chômage technique."
Lionel Tousse
Fondateur & CEO d'IconProd Africa

Comment votre agence peut-elle être utile à la société aujourd’hui?

Lionel Tousse : (rires) nous n’avons pas attendu la crise pour être utile à la société camerounaise. L’agence n’a pas profité de la crise pour mettre les salariés en chômage technique. Nous sommes une entreprise citoyenne et notre challenge est de continuer à protéger nos collaborateurs. Pour continuer à être utile à la société Camerounaise, nous continuerons à partager notre expérience, notre savoir-faire. Nous souhaitons continuer à être des avant-gardistes en mettant sur pied un cadre de réflexion avec les professionnels et les agences de RP pour développer les Relations Publics au Cameroun.  

Imaginez le monde de la communication et des relations publiques au Cameroun dans 10 ans :

Lionel Tousse : Ca fait 18 ans que je me mets au service des marques et entreprises à travers la sous-région et mon rêve  pour le Cameroun et l’Afrique Centrale est de voir les RP valorisées et qu’elles ne soient pas confondues ou assimilées exclusivement à un facilitateur d’affaires ou à un attaché de presse. Je souhaite que dans 5 ans, le Cameroun RP, soit à la hauteur de l’Afrique Anglo-saxonne. Les RP englobent plusieurs métiers et il est important pour un pays de savoir mettre en avant ses atouts et travailler sur son narratif sous le prisme de sa culture, des valeurs et des us et coutumes et présenter au monde son meilleur visage ;de se préparer à la communication de crise. Du côté des médias, je souhaite les voir passer un cap et de devenir des partenaires pour les RP et donc mettre en lumière l’image de marque de nos pays et de nos marques, en jouant un rôle plus important dans la quête de la vérité. Je souhaite que les icônes, les influenceurs, les entreprises et l’Etat comprennent qu’une image de marque se bâtit et se construit sur le long terme. Je souhaite que les professionnels du secteur que nous sommes soyons plus soudés et unis. J’espère qu’on sera nombreux à bâtir cela.

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                                                                                      Par Elodie MBIDA

Elodie MBIDA

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