L’impact de la pandémie du Coronavirus dans l’industrie évenementielle au Cameroun : Jesse Happy Ndongo, Directeur Général d’EasyGroup

Invité 03 : Jesse Happy Ndongo, Directeur Général de l’agence de Marketing Evénementiel EasyGroup. L’agence accompagne les annonceurs et les individus dans leurs événements et le développement de leurs marques.

Pour le troisième article de la série “Impact de la crise sanitaire du Covid-19 pour les professionnels et les agences de la communication, de l’événementiel et des relations au Cameroun”, nous recevons Jesse Happy Ndongo.

Quel a été l’impact financier de cette pandémie sur votre activité et quelles stratégies avez-vous mises sur pied pour maintenir l’accompagnement de vos clients durant cette période ?

Le mot d’ordre a été la transparence. Nous devions dire ce que nous savons et ne pas dire ce que nous ne savons pas. Je pense que l’incertitude était une tendance globale. Premièrement, nous avons été transparents sur la situation parce qu’il y a certains collègues qui ne mesuraient pas l’ampleur de la crise. Deuxièmement, nous avons été transparents sur les précautions à prendre pour préserver la vie du collectif de collègues, nos partenaires et nos clients. Troisièmement, nous avons fait le gage de la transparence sur les actions que nous avons été obligés de prendre, c’est-à-dire d’arrêter le travail pour préserver l’entreprise chère à tout le monde. La réalité est que la crise c’est comme un véhicule qui tombe en panne et nous sommes tous obligés de sortir et de pousser le véhicule pour le mettre en marche. 

Tout est en arrêt, et donc le bilan est inquiétant, mais cette inquiétude nous a poussée à faire le point sur notre vision, notre mission, notre équipe et notre fonctionnement. En règle générale, la crise est une réalité quotidienne de tout entrepreneur, d’un patron. La seule différence est que cette fois-ci, nous connaissons tous la même crise. Le bilan quantitatif est inquiétant, mais je suis très optimiste par rapport au bilan qualitatif parce que remettre en question la vision, les missions, et notre fonctionnement va certainement faire en sorte qu’on puisse rebondir de manière plus robuste.  

Comment ont réagi vos clients au moment de la crise (rupture de contrat, report de campagne, annulation d’événement, etc) ?

L’agence est comme le médecin. Dans l’événementiel, on voit beaucoup le côté bling-bling et émotionnel. Mais l’agence est le médecin de la marque sur pas mal de volets. Je dirai que nos patients se sont tournés vers nous et là encore, on a été transparents, nous leur avons précisé les risques et ce qu’il fallait prendre comme action. Donc, nous avons fait pour nos clients, ce que nous avons fait pour nous-même. Ainsi notre réflexion s’est tournée vers le positionnement de nos clients en ces temps de crise : comment est-ce qu’on se réinvente ? Comment est-ce qu’on s’adapte ? Pour certains clients, un peu comme ceux que nous avons dans l’assurance, ils n’ont pas nécessairement eu besoin de se réinventer parce qu’ils avaient déjà des produits qui adressaient la problématique sanitaire. Il fallait tout simplement être proactifs dans la prise de parole et capitaliser sur l’opportunité du digital et des médias de masse.

"De par notre implication dans la plupart des grands évènements de divertissement autant sur le plan technique qu’audiovisuel, nous disposons d’énormément de contenus qui ont été diffusés par nos clients durant la période. "
Jesse Carlton_Naole RP
Jesse Happy Ndongo
Directeur Général d'EasyGroup

Durant le confinement, plusieurs entreprises ont proposé des événements virtuels (Concerts, talks, meetings, conférences de presse etc.) au Cameroun. Pensez-vous que les réseaux sociaux puissent à l’avenir, faire ombrage aux événements en présentiel ?

La crise renforcera plutôt les événements en présentiels. Ne perdons pas de vue que beaucoup d’événements accueillent 100, 500, 1000 personnes. La plupart des spectateurs sont des personnes qui vivent l’événement après ou du moins à travers l’écran : petit écran (le téléphone), les tablettes et le grand écran (le téléviseur), etc. Je pense au regard de cette réalité que les événements seront hybrides. Sur le plan physique les gens pourront être présents sur les sites en émulation, mais également sur le digital pour profiter des retransmissions. Aujourd’hui tout le monde est présent sur les réseaux sociaux, et je pense que ça pourra démocratiser davantage les événements et nous risquons même d’être surbookés. 

Pour ce qui est des événements live, nous avons accompagné des entreprises des secteurs des télécoms ; des artistes ; entreprises brassicoles et biens d’autres, notamment pour célébrer la récente fête de la musique. De par notre implication dans la plupart des grands évènements de divertissement autant sur le plan technique qu’audiovisuel, nous disposons d’énormément de contenus qui ont été diffusés par nos clients durant la période. Nous disposons probablement de la plus grande base de données de contenus de divertissements dans la sous-région. Je me demande très souvent si on ne devrait pas l’équivalent de Netflix en local. 

Quels conseils donneriez-vous à un annonceur désireux d’organiser un événement ouvert au grand public (en tenant compte toutes les mesures sanitaires en vigueur) ?

L’événementiel n’est pas qu’une méthode, c’est une arme, mais avant l’arme, il faut la stratégie donc il faut d’abord se poser la question “quel est l’objectif de ma communication ? Est-ce que l’événementiel est la voie adéquate ?”. Il y a plusieurs manières de communiquer. On peut communiquer à travers un push mail, un SMS, à travers un spot TV, à travers la radio et aussi  à travers un événement qui peut être hybride c’est à dire qu’il y ait des gens présents et une retransmission ou bien 100 % digital. 

Mon conseil est d’abord de se poser la question ’’Quelle est l’importance de l’événement dans ma communication?”. Il y a une créatrice d’origine congolaise, Anifa Mvuemba, qui a récemment fait un événement pour le lancement de sa nouvelle collection à travers un live Instagram. J’ai eu à travailler il y a quelques années à la Johannesburg Mercedes Benz Fashion Week en Afrique du sud. C’était beau, j’ai vécu pas mal de choses en live mais honnêtement ce défilé 3D est probablement le meilleur défilé que je n’ai jamais vu. C’est pour dire qu’à la fin de la journée il faut au préalable définir “l’objectif  spécifique” et gardons à l’esprit que plusieurs chemins peuvent mener au même objectif. 

Votre secteur d’activité a été touché de plein fouet par cette crise sanitaire. Comment envisagez-vous de vous réinventer en tant qu’entreprise ?

Nous nous sommes déjà réinventés. Nous avons monté une équipe en interne qui s’appelle “rethink” chargée de repositionner les offres de notre entreprise. L’entreprise reste fidèle à son intention qui est de fournir le meilleur accompagnement possible autant en temps de crise que de stabilité économique. Aujourd’hui, notre accompagnement ne se limite simplement au rendu souhaité d’un événement. Une démarche « Processus » est indispensable. Il faut prendre en compte l’environnement qui encadre le rendu souhaité, la manière dont il est préparé, la manière dont il est implémenté,  et puis la manière dont il est amplifié ensuite.

Je pense que la crise a permis aux annonceurs de comprendre qu’on peut faire plusieurs choses avec une même plateforme. Avec la pression du temps, on passait systématiquement d’une chose à une autre. Aujourd’hui, nous avons été obligés de faire un tour dans le passé et dupliquer la manière dont on utilise le même contenu. Je pense que c’est un changement intéressant et beaucoup plus durable. C’est dans les moments de crise qu’on voit les véritables entrepreneurs, ceux qui fournissent vraiment une solution contrairement à ceux qui livrent simplement une solution. On verra bien dans quelle catégorie  EasyGroup  se retrouve. Mais je reste convaincu qu’on est fidèle à notre ADN qui est d’accompagner les marques et les individus.

"Nous nous sommes posés cette question il y a 2 ans. C’est la raison pour laquelle, nous avons lancé le mouvement “Tous bâtisseurs” qui a pour objectif d’impliquer les citoyens dans l’atteinte des objectifs de développement durable."
Jesse Carlton_Naole RP
Jesse Happy Ndongo
Directeur Général d'EasyGroup

Comment votre agence peut-elle être utile à la société aujourd’hui?

Nous nous sommes posés cette question il y a 2 ans. C’est la raison pour laquelle, nous avons lancé le mouvement “Tous bâtisseurs” qui a pour objectif d’impliquer les citoyens dans l’atteinte des objectifs de développement durable. Il faut préciser que la question sanitaire a été et est au centre des préoccupations du mouvement “Tous bâtisseurs”. En effet, un environnement sale, ça pollue l’air, ça pollue l’eau, ça affecte la santé et beaucoup d’autres choses. Aujourd’hui cette crise de la Covid-19 vient tout simplement mettre plus en lumière le travail qu’on avait déjà commencé à faire. “Tous bâtisseurs” a lancé une opération intitulée 100K masques ayant pour objectif d’apporter un soutien aux populations les plus exposées (benskineurs, moto taximans, call-boxeurs, sauveteurs, etc.). 

Par ailleurs, nous avons lancé la plateforme “Feel protected” ; et donc on recense ces points de vente de lieux de vie, qui ont implémentés des mesures d’hygiène respectables : des restaurants, des hôtels, des lounges, des bars, etc. Cela permettra au citoyen qui souhaite sortir prendre un verre de savoir où aller parce qu’aujourd’hui on est relativement obligé de vivre malgré la présence du virus ; et donc comment vivre avec d’une manière qui préserve notre santé. 

Enfin, j’ai également dû remettre ma casquette d’écrivain pour publier le livre COROLEARNER : 19 leçons de vie à tirer de la pandémie de l’année, disponible sur corolearner.com en français et en anglais. 

Comment percevez-vous le monde de la communication et de l’événementiel au Cameroun suite à cette crise ?

Je pense certainement que le monde, le Cameroun, et l’industrie sera meilleure après cette crise. L’humain, l’humanisme et l’humanité sont revenus au centre des priorités. Votre slogan l’illustre d’ailleurs clairement « créer ; asseoir et entretenir cette relation humaine qui existe entre les marques et les clients ». Je pense qu’EasyGroup s’inscrit dans votre slogan pour dire qu’aujourd’hui il s’agit de créer des relations durables et une industrie durable. 

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                                                                                      Par Elodie MBIDA

Elodie MBIDA

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